« SMART GRIDS » : LES RÉSEAUX ET COMPTEURS D’ÉLECTRICITÉ « INTELLIGENTS ».
ÉMERGENCE D’UNE ÈRE POST-CARBONE, OU AVÈNEMENT DE LA SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE.

Comment veiller à la captation et au traitement des données personnelles du compteur électrique communicant ? Face aux enjeux économiques et écologiques de l’ère pétrolière, des réseaux de distribution électrique « intelligents », aussi appelés « smart grids », émergent dans de nombreuses villes, en déployant des compteurs d’électricité « intelligents » capables de capter en temps réel les données de consommation et de production totale d’électricité des individus ou collectifs. Leur objectif : optimiser l’équilibrage entre la consommation, la production et la distribution de l’électricité, tout en intégrant les moyens de production électrique centralisés et décentralisés.

Cependant, des risques de non-protection de la vie privée, entre autre par l’exposition, le vol ou le piratage de ces précieuses données personnelles, existent dans le déploiement de ces compteurs communicants. En France, c’est le compteur Linky proposé par ERDF qui fait son entrée, avec plusieurs expérimentations1 en cours dans l’hexagone. À l’heure actuelle, les individus ou collectifs qui s’en servent, ont accès à leurs données personnelles de consommation et de production d’électricité. Ils peuvent les visualiser, les analyser et les comparer via des interfaces et autres applications numériques. Autrement dit, ils peuvent veiller dans son sens perceptif au mécanisme de captation de données du compteur communicant, mais ne peuvent en aucun cas régler ce dispositif de comptage. Contrairement à un appareil photographique où l’individu qui l’utilise, peut adopter une conduite2, le compteur communicant ne présente aucune commande de réglage de son mécanisme de captation de données. Propre à une situation d’incurie et de surveillance, l’individu n’a effectivement pas la possibilité de veiller dans son sens pratique, aux différentes activités du compteur communicant.

En s’aidant de textes, de références étymologiques et philosophiques, cette recherche expose plusieurs propositions, dans un cadre où le design tient d’avantage à ouvrir des objets à la conduite qu’aux comportements. Plusieurs ateliers, avec la participation généreuse des designers du Collectif Bam, ont été organisés pour concevoir et proposer par le dessin et autre maquette en carton, des appareils de comptage et des commandes de réglages du mécanisme de captation de données du compteur. Cette recherche continuera avec l’arrivée de nouvelles productions, à défendre par le design le droit à l’attention dans une société de contrôle.

Cette recherche n’aurait été possible sans le soutien et la contribution d’un grand nombre de personnes. Un grand merci à Pierre-Damien Huyghe, Annie Gentès, Gilles Rougon, Thierry Marcou, Marion Taillard et Thomas Thibault.