CARTES SPATIO-TEMPORELLES DU CURSEUR DE MON ORDINATEUR.

REPRÉSENTATION DES MOUVEMENTS ET DES TEMPS D’ARRÊTS DU CURSEUR SUR L’ÉCRAN DE MON ORDINATEUR.

Concevoir une nouvelle technologie, c’est agir, voire déterminer les expériences de nos vies quotidiennes. L’ordinateur qu’il soit professionnel, personnel, fixe ou portable, l’Internet, les téléphones portables et autres Smartphones sont d’autant d’exemples qui démontrent, une nouvelle fois, l’impact et le rôle des technologies sur nos manières de vivre, d’organiser les activités et les relations humaines. Elles nous mènent continuellement vers une transformation de nos comportements et habitudes de tous les jours. Le e-commerce, la messagerie instantanée, et les différentes fonctionnalités fondées sur le web 2.0 ont entrainé une importante mutation culturelle, sociale, économique et politique dans notre société contemporaine. La technologie informatique s’essaime dans de nombreuses activités quotidiennes. Elle se propage et se développe dans la quasi-totalité des lieux que nous fréquentons régulièrement. Dans les transports, les restaurants, les lieux culturels, ou encore au travail et à domicile, elle nous suit, nous trace, collecte des données sur nous, sur notre humeur, sur nos gouts, sur notre consommation, etc. Elle accentue aussi bien la récupération de nos données personnelles que l’interactivité possible entre les individus par l’intermédiaire d’outils de communication et d’information.

Le livre de cartes, proposé ici, témoigne de l’intégration éminente de l’ordinateur portable dans ma vie quotidienne. Plus qu’un simple outil de travail, cet objet m’accompagne tous les jours, quelque soit l’endroit où je me trouve. Il se soumet à mon rythme de vie, à mon action sur lui. Ces cartes ont été conçues avec le logiciel MousePath. Cet outil numérique retranscrit, sur un fond blanc au format proportionnel à l’écran de l’ordinateur, les mouvements du curseur en traçant une ligne noire, ainsi que les temps d’arrêt du curseur, à l’aide de points noirs entourés de cercles qui s’agrandissent en fonction de cette durée. Il est alors possible de repérer le nombre de fois où je n’émets aucune action sur l’appareil. Pendant exactement 30 jours, je n’ai allumé et éteint mon ordinateur qu’une seule fois par jour. Mousepath a été programmé pour s’activer automatiquement à chaque démarrage. Lorsque je m’apprête à éteindre l’appareil, je capture l’image créée par le logiciel, et la stocke dans un dossier.

  • 30 jours
  • 1er séquence de 6 jours
  • 1er jour de la 1er séquence
  • 2e jour de la 1er séquence
  • 3e jour de la 1er séquence
  • 4e jour de la 1er séquence
  • 5e jour de la 1er séquence
  • 6e jour de la 1er séquence
  • 2e séquence de 6 jours
  • 1er jour de la 2e séquence
  • 2e jour de la 2e séquence
  • 3e jour de la 2e séquence
  • 4e jour de la 2e séquence
  • 5e jour de la 2e séquence
  • 6e jour de la 2e séquence
  • 3e séquence de 6 jours
  • 1er jour de la 3e séquence
  • 2e jour de la 3e séquence
  • 3e jour de la 3e séquence
  • 4e jour de la 3e séquence
  • 5e jour de la 3e séquence
  • 6e jour de la 3e séquence
  • 4e séquence de 6 jours
  • 1er jour de la 4e séquence
  • 2e jour de la 4e séquence
  • 3e jour de la 4e séquence
  • 4e jour de la 4e séquence
  • 5e jour de la 4e séquence
  • 6e jour de la 4e séquence
  • 5e séquence de 6 jours
  • 1er jour de la 5e séquence
  • 2e jour de la 5e séquence
  • 3e jour de la 5e séquence
  • 4e jour de la 5e séquence
  • 5e jour de la 5e séquence
  • 6e jour de la 5e séquence

Télécharger le livre de cartes en cliquant ici.

Ce livre de cartes est le résultat de ce protocole d’utilisation que je me suis imposé pendant prés d’un mois. Il présente dans un premier temps, une carte de 30 jours (conçue par superposition des 30 cartes créées par le logiciel), puis 5 cartes représentant chacune une séquence de 6 jours, et enfin 30 cartes d’un seul jour.

Dans cette étude, nous énumérons plus en détail ces règles d’usages, contraintes nécessaires à la conception des cartes, qui concernent aussi bien l’ordinateur, le logiciel, l’écran, les outils informatiques périphériques, et les différents logiciels de cet appareil. Nous verrons que ces cartes offrent une visualisation de mes actions, mais aussi de mes non-actions sur cet appareil. Nous comprendrons aussi, en analysant leur aspect métaphorique, que ces cartes manifestent l’intégration complète de l’ordinateur dans ma vie quotidienne.

MousePath est une application Java, disponible en libre téléchargement ici. Téléchargez, installez, activez le logiciel, et laissez le en arrière plan. Il continuera de fonctionner pendant vos activités quotidiennes sur votre ordinateur. Mousepath est en quelque sorte un « inutilitaire ». Il met en image deux types d’information : la première est dédiée aux mouvements du curseur sur l’écran qui sont représentés par une ligne noire continue (qui débute dès la première action sur l’appareil), et la seconde concerne les temps d’arrêt du curseur qui se manifestent sous la forme de points noirs entourés de cercles blancs qui grossissent selon le temps que je passe sans n’émettre aucune action sur l’appareil (plus le curseur stagne, plus les points noirs avec les cercles s’agrandissent). Le graphisme de ces cartes est construit dans un esprit minimaliste avec des traits et des ronds noirs sur un fond blanc. Cela permet de superposer les rendus, et donc d’obtenir plusieurs strates de visualisation.

Le format des cartes est proportionnel aux dimensions de l’écran d’ordinateur. Le moniteur, utilisé ici, est un écran de 15 pouces (soit 33,2 cm de largeur sur 18,7 cm de longueur). Ces cartes traduisent également l’interface employée par l’utilisateur. L’ordinateur en question, est un MacBook Pro Retina OS X 10,9 (13A603). Ces précisions techniques vont nous permettre de définir l’environnement dans lequel ces cartes ont été conçues. Les applications numériques installées sur l’ordinateur sont principalement situées en bas de l’écran. Elles permettent d’accéder à internet, à des moyens de communication, à différentes sortes de fichiers (documents, images, musique), et à de nombreux logiciels (modélisation 3D, photomontage, traitement de texte…). En haut de l’écran, nous retrouvons des raccourcis permettant de fermer les applications ainsi que de nombreuses fonctionnalités d’édition, d’insertion, d’affichage, etc. L’espace restant est dédié au bureau : espace sur lequel l’usager peut entreprendre toutes sortes d’activités (de navigation, de création, de discussion…).

Ces cartes ont donc été développées dans un environnement organisé aussi bien par mes soins, que par l’architecture interne du logiciel de l’ordinateur (OS X 10,9). Tout au long de ces 30 jours, je me suis restreint à respecter cet environnement, afin de développer chacune de ces cartes dans les mêmes conditions. Je n’ai supprimé, déplacé, créé, téléchargé, ou installé aucune application, raccourcis, ou autres dossiers. Cependant, je me suis permis de créer des fichiers numériques comme des images, des documents, des vidéos, des sons, afin de poursuivre mes activités quotidiennes. Je n’ai aussi effectué aucune mise à jour. L’architecture de mon ordinateur, n’a subi aucune modification pendant prés d’un mois.

Le cadre dans lequel ont été créé ces cartes, n’est pas seulement régi par ces seules conditions environnementales. Il a également était défini par plusieurs règles d’usage. Premièrement, je suis me contraint, pendant la durée de cette expérimentation, à n’allumer et à n’éteindre mon ordinateur qu’une seule fois par jour. Le logiciel Mousepath fut programmé pour s’activer à chaque démarrage. L’ordinateur devait donc s’allumer chaque jour, quel que soit le motif. Certaines cartes sont alors moins denses que d’autres.

À chaque fin d’utilisation de l’appareil, la carte produite par le logiciel Mousepath, fut stocké dans un dossier (créé avant le début de l’expérimentation). Cette banque d’image m’a permis, à la suite de cette expérimentation, de créer un livre de cartes, mais aussi de créer de nouvelles cartes par la superposition de plusieurs d’entre elles.
La restriction au format standard de l’écran est aussi une des conditions de cette expérimentation. L’usage d’un autre moniteur aurait pu altérer l’environnement prescrit au processus de conception. Je me suis également contraint à ne pas changer la résolution de mon écran (de 2880 x 1800 pixels).
Les mouvements du curseur furent principalement guidés par mes actions sur le pavé numérique de l’appareil. Cependant, je me suis autorisé à utiliser des outils informatiques périphériques, tels qu’une souris et une tablette graphique (avec son stylet). J’ai pu avec l’usage de ces objets, continuer avec aisance mes diverses activités professionnelles et personnelles, et visualiser les différences de gestuelle et d’intensité entre ces trois outils (pavé numérique, souris, et tablette graphique). Les conditions établies au sein de cette expérimentation m’ont permis de mener ma vie quotidienne sans qu’une de ces restrictions ne viennent contrer mes habitudes et mes comportements sur mon ordinateur.

Le retour visuel produit par ce dispositif n’a été possible que par l’automatisme du processus de fabrication. En effet, seul le logiciel créé la représentation, je ne fais que déclencher par mon interaction avec la machine, une action dans celle-ci. Autrement dit mon action sur l’appareil engendre une action dans l’appareil. Cependant, lorsque le curseur ne bouge pas, un point noir avec un cercle blanc apparaît, et s’agrandit. Il s’agit d’une retranscription visuelle de ma non-action sur l’ordinateur. Ces cartes offrent donc une visualisation de mes actions (ligne noire) et de mes non-actions (points noirs avec cercles blancs) sur l’appareil. La ligne noire représente mes trajets dans l’espace de l’écran de l’ordinateur, eux mêmes reflets de mes mouvements sur le pavé numérique ou sur les autres outils informatiques périphériques. Mon action sur l’appareil entraine une action dans l’écran qui conduit à une action dans le logiciel Mousepath. On assiste à une mise en abyme théâtrale (où les comédiens jouent une pièce de théâtre dans une même pièce). Les mouvements du curseur sont cernés dans le cadre de l’écran, et ceux de la ligne sont inscrits dans le périmètre du format dans lequel il se dessine. Cette mise en abyme met en avant la traçabilité de mes faits et gestes sur l’ordinateur. Chaque action sur cet appareil peut être visualisée, retranscrite, enregistrée, réutilisée, communiquée, connues, etc. La géolocalisation, ainsi que les nombreuses technologies d’information et de communication, encourent le même risque de surveillance. Elles peuvent s’avérer être d’excellents outils de traçabilité, permettant ainsi de récupérer une masse considérable de données sur notre vie. Ces cartes témoignent de cet aspect non-démocratique des Nouvelles Technologies de la Communication et de l’Information, mais aussi de leur importante intégration dans nos activités quotidiennes. Le protocole d’expérimentation, auquel je me suis soumis pendant ces 30 jours, est une métaphore de cette préoccupation contemporaine pour la surveillance de ces technologies.

Par ailleurs, le traitement temporel de ces cartes met en image, une nouvelle fois, l’accompagnement quotidien de l’ordinateur dans ma vie de tous les jours. Concrètement, j’ai pu varier leur échelle temporelle en les superposant. Autrement dit, dans ce document, nous y trouvons une carte de 30 jours superposés, puis 5 cartes de séquence de 6 jours superposés, et enfin 30 cartes d’un jour (qui n’ont subi aucune superposition avec une autre carte). Ces cartes ne reflètent donc pas le temps que je passe quotidiennement sur mon ordinateur, mais plutôt l’intensité de mes actions et non-actions. Elles nous informent sur ma force de production sur une période donnée. Nous pouvons donc remarquer que mon niveau d’interaction avec mon ordinateur est différent d’un jour à un autre. Bien évidemment, ce niveau d’interaction varie en fonction de mes activités entreprises sur l’appareil, mais aussi par rapport aux logiciels et à l’outil intermédiaire que j’utilise (pavé numérique, souris, ou tablette numérique). Par exemple, la carte du 4e jour de la 4e séquence a été conçue principalement par l’usage de ma tablette graphique. Celle du 3e jour de la 4e séquence a été construite à partir d’une souris. L’une est plus dense (et plus centralisé) et l’autre plus éparpillé.
Cette superposition permet aussi de repérer les zones non-traitées (espaces blancs) par le curseur. Les ronds noirs (avec les cercles blancs), qui représentent les stagnations du curseur lorsque je n’interagie pas avec l’appareil, changent également en fonction de ces mêmes paramètres. Nous pouvons remarquer que certains de ces points sont fréquemment positionnés à la droite de l’écran (habitude gestuelle prise lorsque je lis un document, visionne une vidéo ou regarde un film). Les cercles blancs permettent une plus grande visibilité des temps d’arrêt du curseur (lorsque certains d’entre eux viennent se superposer à d’autres). Ce jeu de transparence et de superposition contribue alors à une meilleure identification de l’ensemble de ces points. Ces cartes mettent en forme mes comportements, mes gestuelles et ma manière à laquelle je me balade sur cet espace, qu’est l’interface de mon ordinateur.

Ce livre de cartes est un témoignage de l’usage quotidien de mon ordinateur, de sa présence constante et de son intégration totale dans ma vie de tous les jours. Ces cartes proposent une visualisation de mes actions (avec une ligne noire qui retrace mes mouvements) et de mes non-actions (à l’aide de points noirs entourés de cercles blancs qui s’agrandissent) sur l’appareil. L’expérimentation fût cadrée par un protocole d’usage qui concerne aussi bien le logiciel MousePath, l’ordinateur avec ces différentes applications, l’écran, que les outils informatiques périphériques. Ces conditions permettent de définir un environnement commun à la conception de chacune de ces cartes. Les seuls facteurs de changements, d’intensité et de variation, sont liés aux outils informatiques périphériques utilisés, et aux diverses activités entreprises sur mon ordinateur. Ces cartes sont le reflet de ma force de production et de mon niveau d’interaction avec cette machine.