Le Brief Design et la carte quadripolaire

Un outil de design, créé par le Collectif Bam, pour réaliser un audit et un brief en amont d’un projet.

Les membres du Collectif Bam ont souvent réalisé des « briefs » en amont de la démarche de projet. Les premiers « briefs » présentaient en général l’identité, les valeurs, le positionnement, la concurrence et diverses caractéristiques du projet. Ils faisaient office de commande pour le designer et présentaient les différentes données à tenir en compte dans la conception de l’objet. Ils étaient conçus d’après des modèles réalisés par la communauté des designers. En janvier 2016, nous avons travaillé sur une autre forme de « brief » [Fig. 01], inspirée des récents travaux de la communauté française de recherche en design.

Fig. 01. — La carte quadripolaire du Collectif Bam.

 

Cette carte quadripolaire est issue d’une étude d’Alain Findeli et de Rabah Bousbaci, présentée dans un article du The Design Journal, intitulé « L’éclipse de l’objet dans les théories du projet en design » (Alain Findeli et Rabah Bousbaci, 2005). Ces deux chercheurs proposent un modèle typologique de l’acte de design (conception) et d’usages (réception) d’un objet. Le Collectif Bam propose ici, d’après les hypothèses d’Alain Findeli, une quatrième catégorie nommée « Philosophie ». Celle-ci se distingue en deux registres, soit l’ontologie (pour le registre de la conception) et l’anthropologie (pour celui de la réception). Nous entendons par ontologie, la vision et les valeurs soutenues dans la conception de l’objet, et par anthropologie, les situations et effets générés dans la vie réelle par cette ontologie. Mais, nous proposons aussi une présentation schématique différente qui n’est plus linéaire, mais circulaire. En effet, nous n’avons plus affaire à une lecture bidirectionnelle de l’objet en amont ou en aval, comme dans le schéma d’Alain Findeli et Rabah Bousbaci, mais à une lecture circulaire de l’objet qui traite chaque pôle par son registre de conception et de réception. L’objet est au centre de cette matrice, tel un noyau. Sont positionnés ensuite en périphérie, comme des électrons, les quatre pôles de l’objet que sont : l’esthétique, la logique, l’éthique (que nous retrouvons dans le modèle proposé par Alain Findeli et Rabah Bousbaci) et la philosophie (dont nous avons précédemment fait la définition). Le modèle que nous avons dessiné, offre certes une lecture circulaire de l’objet, mais s’utilise par étapes. Chaque pôle est traité l’un après l’autre, d’abord par son registre de conception puis de réception. Voici donc la méthodologie de conception de la stratégie de design du Collectif Bam :

La philosophie ouvre le bal ! Viens ensuite, l’éthique qui comprend les acteurs (conception) et les expériences (réception) de l’objet. Ce pôle définit aussi bien les individus ou collectifs concernés par l’objet, comme les développeurs ou les utilisateurs, que les expériences qu’ils vivent avec cet objet (par exemple, les développeurs ont une expérience différente de celle des utilisateurs). Arrive après l’éthique, la logique qui dépasse le caractère flou et interprétatif de l’esthétique, en définissant la structure logique de l’objet d’après ses fonctions (réception) et ses processus (conception). Par exemple, la logique peut se traiter avec ces deux questions : Comment utilise-t-on l’objet ? Et comment est-il fabriqué ?

Et enfin, comme dernière étape de notre méthodologie de conception d’une stratégie de design, l’esthétique que nous définissons, comme un pôle (aussi important que ces pôles contigus) qui regroupe le champ de représentations et des processus cognitifs de l’objet. Travailler l’esthétique, c’est concevoir du sensible, en créant des formes qui produiront des sensations. Par exemple, quelles sensations produit l’objet chez l’individu qui le contemple ou qui s’en sert ? Et quelle forme l’objet doit adopter pour obtenir ces sensations ?

Zébu– Projet de Zone-AH! — Design by Collectif Bam

 

Ce document résume donc la stratégie de design d’un projet, sous la forme d’une restitution écrite et illustrée, du travail d’atelier élaboré sur la carte quadripolaire proposée par le Collectif Bam (modèle typologique décrit précédemment). Cette restitution est un référentiel qui acte les directions stratégiques de design, que le prestataire et le client vont prendre ensemble. Ce document n’a pas pour vocation première de présenter le projet (bien qu’il peut effectivement être utilisé pour cela aussi bien en interne qu’en externe), c’est un résumé qui présente les axes de design. Il constitue donc une base de travail pour le design du projet. Le client et le prestataire, ainsi que tous les acteurs concernés par la conception et l’entretien du projet, s’appuieront sur ce livrable tout au long de leurs prestations. Il est donc primordial que ce document soit validé par le client et le prestataire, puisqu’une fois validé le prestataire ne le modifiera plus.

Paris, février 2016.