Le design « user »

Entretien avec Cobusiness

Titre de l’entretien : Le design « user »
Date : 29 octobre 2014
Lieu : Atelier Fil Rouge, àParis

 

Résumé

« Cobusiness est un site de troc entre professionnels qui transforme vos prestations, matériels et locaux de bureaux en véritable monnaie d’échange. Sans toucher à votre trésorerie, vous pouvez enfin vous payer ce dont vous avez besoin : un nouveau logo, des plateaux repas pour toute l’équipe, des ordinateurs, une analyse financière de votre projet, un bureau, un espace de co-working, … contre ce que vous avez. Le site se présente comme une plateforme intuitive et pratique pour échanger tous types de prestations. C’est la première place de marché 100% automatisée qui augmente les opportunités d’affaires. Ainsi tous les liens possibles entre les offres et demandes sont démultipliés grâce à la puissance des technologies sémantiques et d’un algorithme de troc circulaire. »

J’ai travaillé pendant plusieurs années pour la conception et la réalisation de la gamme de produit et l’univers de la marque Cobusiness. Créations de logos, charte graphique, supports de communication, site vitrine cobusiness.frl’application Cob+, la plateforme Cobiz, l’exposition Cobusiness à l’événement Learn Do Share, dossiers de présentation, avec un fort accompagnement et conseil sur le design du projet Cobusiness. Suite aux travaux que j’ai pu mener avec eux, nous nous sommes entretenus sur ce que peut signifier le terme, design user.

 

Restitution de l’entretien

Bonjour Anthony, vous êtes designer. Parlez-nous de vous.

Bonjour, je suis co-fondateur du Collectif Bam, groupe de designers formé en 2013 qui crée, en développant une pratique de conception participative, des objets, des espaces, des services et diverses applications aux usages collaboratifs. Mon job : associer design et recherche. Mon engagement : plaidoyer pour une conception d’objets ouverts à la conduite et à l’attention. Mes outils : le dessin, le volume et les mots ! Mes recherches portent sur les TIC, les transformations numériques et les diverses pratiques du design. J’anime, organise et prépare également des ateliers de conception participative. Par ailleurs, je suis chercheur associé au Codesign & Media Studies Lab.

Le design user permet une nouvelle approche du client, pouvez-vous nous l’expliquer ?

Le user design est une approche centrée sur l’utilisateur, qui anticipe les interactions entre l’homme et son environnement qu’il soit numérique et/ou physique. Quelle différence alors avec le design tout court ? Pourquoi employer user design plutôt que design ? Manque-t-il un aspect du user design au design ? Mettons-nous le design en souffrance lorsque nous parlons de user design ? Bref, voilà un torrent de questions qui m’oblige à prendre un positionnement critique à ce problème. Concevoir, c’est déterminer les expériences de nos vies quotidiennes et prendre les bonnes décisions pour nous conduire à une meilleure qualité de vie, à une meilleure habitabilité du monde. À l’heure du numérique, du tout « smart », le design doit dessiner les technologies qui impacteront les manières de vivre et l’organisation des activités et des relations humaines. Si le « User-Centered Design » se focalise sur l’utilisateur, le design reste, quant à lui pleinement dévoué à l’humain, aux humains, à l’ensemble des facteurs humains et aussi aux aspirations humaines. Alors est-ce que le design user permet une nouvelle approche du client ? Je vous laisse répondre, et laisse en suspens ce problème qui mérite certainement de plus amples réflexions.

Comment voyez-vous l’évolution de l’approche client dans les années qui viennent ?
 Qu’est-ce que cette approche devrait inspirer à un pro aujourd’hui ?

L’autonomie demandée aujourd’hui aux entreprises d’accompagner les aspirations humaines, peut se construire et s’entretenir avec le soutien des designers, qui savent, monter et dessiner un projet. Un ensemble de mutations se présentent aujourd’hui, aussi bien dans les usages (covoiturage, couchsurfing, crowdfunding, fablab, et cobusiness bien sûr), que dans le design lui-même (co-conception, open source, etc.). Nous, le Collectif Bam, accompagnons nos clients, entreprises, à vivre ces mutations en organisant et en animant des ateliers de co-conception. De nature flexible et rétroactive, ces ateliers permettent d’interagir avec les différents acteurs concernés, d’immerger l’ensemble des intervenants dans une dynamique et une autonomie créative, de repérer des terrains de conception encore inconnus et enfin de capter les aspects et contraintes du projet. Pour le Collectif Bam, la conception participative, c’est ouvrir le design, et soutenir les valeurs démocratiques tout au long du processus de conception.

Ainsi par exemple, Cobusiness a vu le jour au travers de cette démarche, soit un atelier de conception participative à l’atelier Fil Rouge. Designers, ingénieurs, artistes, et philosophes se sont retrouvés pour imaginer ensemble cette nouvelle plateforme d’échange circulaires multi-ressources entre professionnels. Nous avons simulé des trocs, créé des scénarios d’usage, imaginé les diverses fonctionnalités et dessiné plusieurs interfaces à l’aide de nos outils et méthodes de co-design. Des wireframes, des mockups et des outils de constructions d’usage ont été réalisés pour l’occasion. Il n’existe aucune limite dans les applications de cette démarche. Elle se met en œuvre aussi bien dans le transport, dans l’alimentaire, dans le sport, dans la finance, dans le travail que dans l’éducation. Nous, membres du Collectif Bam et adeptes de la conception participative, plaidons pour un design ouvert aux contributions et nous continuerons sans cesse de faire évoluer les systèmes et les pratiques de conception.

Concrètement, comment pensez-vous que cela impactera le monde professionnel ?

Cela impacte le monde professionnel, dans le sens où il gagne en écoute, en souplesse et en réactivité. À l’écoute, puisque cette démarche demande aux professionnels de prendre en considération les contributions des autres. En souplesse, puisque les professionnels sont aptes, à l’aide de cette méthode de changer et transformer leurs habitudes et organisations de travail. En réactivité, puisqu’ils peuvent construire dans l’immédiat de nouveaux projets grâce aux outils créés pour ce type de processus. La co-conception ouvre le projet à l’échange et au partage, mais ces valeurs s’applique aussi à l’objet. Ce modèle se manifeste particulièrement dans les FabLabs. C’est ce dialogue, voire cette collaboration entre l’individu, l’amateur et le professionnel qui impacte et bouleverse les modèles traditionnels d’organisation et de distribution du travail. Idée qui rappelle sans surprise le projet Cobusiness.

Comment avez-vous procédé avec Cobusiness pour comprendre le troc entre professionnels ?

Les outils créés pour ces ateliers de conception participative, nous ont permis de comprendre et de simuler des situations de trocs entre professionnels. Notre méthode : incarner un type d’acteur de CoBusiness en imaginant les différents services et fonctionnalités de la plateforme. Vincent et Gilberte, experts du troc circulaire, ont la connaissance des technologies employées. C’est donc avec les ateliers, que nous avons pu créer plusieurs cas d’usages de la plateforme CoBusiness. Ces séances de brainstorming, ainsi que les outils créés, ont été conçu par le Collectif Bam. Comment communiquer mes besoins et mes ressources sur la plateforme? Comment apprendre et comprendre, en tant qu’utilisateur lambda, le fonctionnement de Cobusiness? Comment? Comment? Comment? Ce fut 3 jours de réflexion et de questionnement intensif. Tout le travail du Collectif Bam a été alors d’impulser des dynamiques créatives en gardant une structuration de projet rigoureuse et cohérente.

Quel est votre souhait pour Cobusiness / Comment ce projet va aider les pros à se développer ?

CoBusiness est une réponse aux besoins des petites et grandes entreprises. Vous cherchez un local pour installer vos bureaux ? Une imprimante 3D pour prototyper un de vos projets ? Vous souhaitez troquer votre stock de bois contre du matériel de bricolage ? Faire de nouvelles rencontres, voire créer de futurs partenariats ? Bref, je vois Cobusiness comme un super générateur d’opportunités. CoBusiness a été conçu pour des professionnels, mais je pense qu’il peut également concerner des secteurs publics comme le milieu éducatif, hospitalier et bien d’autres. Imaginez grâce à cette plateforme qu’une école puisse troquer du matériel contre des locaux, qu’un FabLab échange une de ses productions contre une prestation de motion-designer, qu’un hôpital échange du matériel de soins contre… et encore ceci est minime comparé à l’infinité des usages possibles. Je pense que CoBusiness nous réserve de belles surprises.

 

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